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Catherine Thiry se livre à nous.
Elle nous propose de découvrir son intériorité,
cette part d’elle qui retentit en chacun.

Car tous, nous sommes sujets à nos émotions. Tous, nous sommes orientés – plus ou moins consciemment – par nos aspirations, nos humeurs, nos rencontres, nos doutes, nos craintes, nos pulsions. Elle, exprime son ressenti par la pratique de son art. Elle traduit en volumes ou en couleurs les courants qui la traversent ; extériorise son sentiment dans un langage visible et palpable.

Quand elle peint, la démarche intellectuelle est sans cesse présente. Son esprit suit un cours réfléchi, et ordonne sur la toile les touches qui traduisent, avec application, son intention, qui peut varier en cours de route. Catherine travaille en résonance avec le tableau, et dans les moments qui séparent le début d’une œuvre de sa signature, la réflexion et l’acte s’accompagnent, s’influencent.

Les résultats font mouche : quand je l’ai rencontrée et que nous nous sommes amusés, tour à tour, à d’abord deviner ou révéler les messages véhiculés par quelques-unes de ses toiles, nos vues ont chaque fois concordé, c’était assez incroyable. Systématiquement. Mon interprétation lisait clairement quelles sphères de volonté l’avaient guidée dans ses réalisations. Convaincu alors de sa sincérité, j’ai eu envie d’aller plus loin dans la découverte du personnage et de son travail. Quand Catherine Thiry est franche, ce n’est pas qu’une attitude.

A travers la pratique d’une discipline artistique, outre une maîtrise technique, un artiste développe surtout son aptitude à observer, à s’approprier et à rendre. Après s’être consacrée 20 années à la peinture, dans la continuité de son parcours, Catherine s’est mise au volume. Depuis 2004, elle travaille la terre pour produire des bronzes. Elle a toujours été attirée aussi par la sculpture et le jour où Pam, une amie sculptrice séduite par ses essais, lui a conseillé de faire couler ses modelages, elle a produit une première série de pièces qu’elle a apporté chez le fondeur Luc Harzé. Les chemins qu’on emprunte sont riches des rencontres qu’on est prêt à y faire.

Pour ses sculptures, explique-t-elle, le processus est différent. Ici, ce sont les mains qui prennent le contrôle. Est-ce parce que l’acte est plus physique ? Je pose la question. Elle refuse cette
explication. Ce n’est pas de cet ordre. Simplement, quand elle
s’engage dans un travail de sculpture, à un moment elle se «connecte», admet-elle plutôt. Alors la réflexion s’efface, et laisse place à l’acte. Sa sensibilité s’exprime, libre, si bien qu’elle n’en maîtrise pas toujours le cours.

Elle m’a raconté comme il lui est arrivé de ne pas pouvoir se contraindre à honorer une commande, parce que la terre qu’elle modelait l’avait emmenée ailleurs quand on lui avait demandé telle expression. Quoi qu’il en soit, quand on comprend les courants qui l’entraînent, on ne s’étonne pas de retrouver dans ses œuvres l’équilibre qui la caractérise : un caractère déterminé sujet à des émotions fortes.

Luc Broché